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L’utilisation des médias sociaux comme source d’information sur la santé

Les médiamd networkss sociaux constituent depuis quelques années une source d’information de plus en plus mobilisée par les individus qui recherchent de l’information sur la santé. Une étude s’est penchée sur les variables associées à ces usages. Du côté des soignants, si les réseaux socionumériques (RSN) sont aussi de plus en plus investis, c’est encore assez peu pour communiquer avec les patients ou la population.

Une participation active limitée

Dans leur étude réalisée aux États-Unis en 2010 pour le compte du Pew Internet American Life Survey[1], Thackeray et al. (2013)[2] ont réalisé une enquête par questionnaire auprès d’adultes qui recherchent de l’information sur la santé en ligne.  Leur objectif : cerner la place que prennent les médias sociaux lorsqu’il est question de santé et identifier les variables associées aux usages de ces plateformes. Les usages santé des médias sociaux étaient opérationnalisés au travers de 4 variables :

1)    La première variable intitulée «usages des médias sociaux pour différentes activités reliées à la santé» [3] regroupait des usages assez disparates tels que la recherche d’informations, la participation à des groupes ou communautés reliés à la santé, le suivi de l’expérience de santé d’un ami, la levée de fonds  ou la défense de causes reliées à la santé, l’effort de mémoire et la commémoration de personnes qui ont souffert d’une problématique de santé.

2)    La consultation de sites présentant des évaluations des traitements, des soignants et des ressources de soins

3)    La contribution à de telles évaluations

4)    La publication d’une question ou d’un commentaire concernant la santé sur un média socionumérique (forum, page Facebook, etc…)

L’analyse des données montre que la consultation des sites d’évaluation des ressources et des traitements est l’activité la plus populaire (41 % des répondants), suivie de l’usage des médias sociaux pour différentes activités reliées à la santé (32 %). Les contributions actives sur les RSN concernent par contre moins de 15% des répondants (contribution aux évaluations : 10 %, publication d’un commentaire ou d’une question : 15 %). Ces données sont concordantes avec les études sur les usages des médias sociaux dans le domaine de la santé, qui concluent toutes que seule une minorité s’exprime en ligne, la grande majorité des internautes se contenant de lire ce qui est publié par d’autres[4].

Variables associées à l’usage des médias sociaux pour la santé

Les variables associées à ces différents usages des médias sociaux pour la santé étaient 1) le fait d’avoir un professionnel de la santé régulier, 2) de vivre avec une maladie chronique et 3) l’âge : les plus jeunes étant plus actifs sur les médias sociaux de manière générale et concernant les questions de santé. Enfin, les femmes étaient plus nombreuses à utiliser les RSN pour des activités reliées à la santé, ce qui va aussi dans le sens de la littérature. Par contre, les variables sociodémographiques comme le niveau d’éducation, l’origine ethnique, le lieu d’habitation, le statut marital, la couverture par un régime d’assurance, qui sont traditionnellement associées à la recherche d’information en ligne, n’étaient pas significatives. Il est donc possible qu’au-delà de la variable âge, les usages des médias socionumériques soient moins influencés par le statut sociodémographique, du fait de la portée plus large de ces plateformes. [5]

Du côté des médecins…

Les études réalisées auprès des médecins soulignent aussi une utilisation importante des médias sociaux par ces acteurs à des fins personnelles mais aussi dans le cadre de la pratique médicale[6].  Selon une étude[7] réalisée en 2011 auprès de médecins  américains (spécialistes en oncologie et médecins généralistes), 24 % des répondants recouraient aux medias sociaux sur une base journalière pour rechercher ou lire de l’information médicale et 14 % y contribuaient, ces proportions s’élevant à 61 % et 46 % respectivement lorsque l’on considéraient une base hebdomadaire.

Une autre étude américaine réalisée par Epocrates, développeur d’applications médicales pour plateformes mobiles, et rapportée dans un article du Wall Street Journal[8] signale que 82 % des médecins américains utilisent les médias sociaux pour interagir avec leurs pairs et 8%  pour communiquer avec des patients (8 %).

La présence des médecins (et d’autres catégories de soignants) sur les médias sociaux semble pourtant répondre à la demande des patients et certains médecins y sont d’ailleurs déjà présents pour diffuser des informations sur la santé et les traitements, discuter de l’organisation des soins en général, s’interroger sur l’évolution de la pratique médicale, et dans certains cas, interagir avec des patients[9]. Toutefois, ces pratiques soulèvent des inquiétudes, tant du côté des soignants que des ordres professionnels. Les préoccupations renvoient au fait que dans les médias sociaux, les frontières entre les sphères professionnelle et privée restent assez floues. Les enjeux déontologiques de la prise de parole sur ces espaces du privés/publics sont de plus mal cernés. Ces questions ont  fait l’objet de réflexions du Collège des médecins du Québec (voir le rapport publié en 2012) [10] et de l’Association Médicale Canadienne qui a publié un guide pour aider les médecins dans leur utilisation des médias sociaux[11].

En bout de ligne, les usages des médias sociaux par les patients, et plus encore par les médecins, sont encore assez peu documentés et doivent continuer d’être explorés. Il serait à ce titre intéressant de cerner les spécificités du Québec en la matière. On peut également se demander comment la présence de ces acteurs sur les réseaux sociaux où les rapports peuvent être plus horizontaux affecte la représentation qu’ils ont de leur rôle respectif et du partenariat de soins ?

Références:

[2] Thackeray et al. (2013). Correlates of health related social media use among adults, Journal of Medical Internet Research, 15(1):e21 
[3] Notre traduction. L’intitulé de la variable était : «Used social networking sites for health-related activities»
[5] Chou, Wen-ying S., Hunt Y.M., Burke Beckjord, E, Moser, R.P, et Hesse, B.W. 2009. «Social media use in the United States : Implication for health communication». Journal of Medical Internet Research, vol. 11, no 4.

À propos Christine Thoër

Christine Thoër est professeure au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal et directrice du Centre de recherche sur la communication et la santé (ComSanté). Elle travaille sur les usages d’Internet par la population et les soignants, les transformations de la communication soignant-soigné et les interventions en ligne de prévention/promotion de la santé.

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