De plus en plus de patients arrivent à la consultation en ayant effectué une recherche préalable sur Internet. Dans le cabinet du médecin, ces personnes posent plus de questions et peuvent se montrer surpris, voire inquiets, si les pistes étiologiques et thérapeutiques qu’ils ont explorées ne sont pas abordées. Après la consultation, ils auront souvent recours à Internet pour trouver des informations complémentaires sur le diagnostic obtenu, s’informer sur les effets secondaires du médicament prescrit, et parfois, se renseigner sur d’autres possibilités de traitement.
Des réactions diversifiées de la part des médecins
Les réactions des médecins face à ces patients qui mobilisent Internet pour gérer leur santé sont variées (McMullan, 2006). Nombre de cliniciens considèrent que la recherche d’information en ligne augmente le temps de consultation, nuit à leur image de soignant et porte atteinte à la relation de confiance qui joue un rôle central dans le processus de soins. Les «patients informés» sont perçus comme une menace, les médecins les jugeant mal informés, exagérément inquiets, et souvent, trop exigeants. D’autres cliniciens, qui s’inscrivent dans une approche centrée sur le patient, modèle désormais dominant dans la formation médicale au Québec, considèrent au contraire que la consultation de certaines ressources sur Internet peut être bénéfique au patient et l’aider à prévenir et à mieux vivre les problématiques de santé auxquelles il est confronté. Le recours à Internet permettrait surtout au patient de jouer un rôle plus actif dans le processus de soins, ne serait-ce que parce qu’il pose plus de questions pendant la consultation. Certains cliniciens s’appuient d’ailleurs sur des ressources en ligne et y réfèrent leurs patients pour un complément d’information.
Intégrer Internet dans le processus de soin
Avec le vieillissement des générations qui ont intégré l’utilisation d’Internet dans leurs pratiques de santé, ces patients « informés » seront de plus en plus nombreux. Il serait donc intéressant, et sans doute plus productif, que les médecins puissent savoir si les individus qui se présentent en consultation ont effectué une recherche d’information en ligne. Cela leur permettrait d’éviter de passer à côté d’inquiétudes bien réelles que certains patients ont encore du mal à exprimer parce qu’ils ne savent pas trop comment amener cette information pendant la consultation et, surtout, parce qu’ils anticipent une réaction négative de la part du clinicien. De plus en plus de patients seraient toutefois plus à l’aise de révéler aux cliniciens qu’ils ont effectué une recherche d’information sur Internet (Iverson et al., 2008). De leur côté, les médecins posent rarement la question parce qu’ils n’ont pas été formés à le faire, par manque de temps et parce qu’ils peuvent craindre de se trouver confrontés à un patient qui pourrait être plus au fait d’informations médicales récentes. De plus, nombre de médecins jugent que la qualité de l’information disponible en ligne laisse à désirer, surtout dans les espaces d’échanges entre patients qui se sont multipliés depuis dix ans.
La qualité de l’information disponible en ligne est effectivement très inégale selon les sites, notamment lorsque des intérêts marchands sont impliqués. Toutefois, les études réalisées sur certains sites comme Wikipedia (voir l’article Wikipedia, un outil fiable d’information sur la santé?), largement consulté par les internautes, semblent indiquer que l’information est généralement fiable même si elle manque de précision. Par ailleurs, les patients ne sont pas complètement naïfs et ont développé différentes stratégies pour évaluer l’information recueillie en ligne, notamment en recoupant les informations et en privilégiant les extensions qui renvoient à des ressources gouvernementales (.gov et .org) ou académiques (.edu) qui sont jugées plus crédibles comme l’indique une étude impliquant des participants français, britanniques et américains (Pletneva et al., 2011). Au Québec, comme dans plusieurs pays, les sites des institutions et de la santé publique sont encore insuffisamment présents en ligne, et surtout, n’apparaissent pas dans les premières pages de résultats des moteurs de recherche, au-delà desquelles les internautes s’aventurent peu. Il serait donc intéressant pour les autorités de santé publique, les ordres professionnels et les services de santé d’identifier des ressources fiables et appropriées vers lesquelles les médecins pourraient référer leurs patients en toute confiance. Ces listes de ressources devraient inclure des sites institutionnels, d’organismes communautaires, des portails privés – certains, comme le site Passeport Santé, présentant une information de grande qualité – et des espaces d’échange entre patients, qui offrent informations et support sur la gestion de la maladie au quotidien.
L’accès à l’information sur la santé, disponible dans les médias traditionnels, mais plus facilement accessible sur Internet, a en effet surtout pour conséquence de rapprocher le patient de son médecin, lui permettant de mieux s’approprier le diagnostic et le traitement. En se montrant ouverts et non critiques, en accompagnant la démarche de recherche sur Internet plutôt qu’en la niant, les médecins feront du « patient informé » un véritable partenaire du processus de soins.
Références
- Mc Mullan, M. (2006). Patients using the Internet to obtain health information : How this affects the patient-health professional relationship, Patient Education and Counseling, 63 : 24-28.
- Iverson, S.A., Howard, K.B., Penney, B.K. (2008). Impact of internet use on health-related behaviors and the patient-physician relationship: a survey-based study and review. Journal of the American Osteopathic Association, 108(12): 699-711.
- Pletneva N., Cruchet, S., Simonet, M-A., Kajiwara, Boyer, C. (2011). Evolution d’internet dans le domaine médical, JFIM, consulté en ligne le 20 février 2011.
Cet article est tiré du blogue HINNOVIC où il a fait l’objet d’une diffusion dans le cadre du dossier «Santé et Internet» que nous vous invitons à consulter.













